L'Égyptienne, encres sur carton, 60 x 50 cm, 2015

Ils s’appellent Jean, Manuel, Evelyne, Marlène.
Ils sont danseurs, comédiens, peintres, photographes.
D’eux, on ne sait presque rien.
Qu’ils ont besoin d’argent, probablement.
Mais pas seulement.

Ils montent sur l’estrade comme on entre dans l’eau.
Laissent tomber le linge qui recouvre leur corps.
Poses rapides. Trente secondes.
Puis une autre. Trente secondes. Une autre encore.
Corps tendus, lumineux, ouverts, offerts.

Deux minutes. Cinq minutes. Dix minutes. Une heure.
Avec le temps de pose qui s’allonge, le corps s’alourdit.
Longues méditations engourdies, une heure et demie, l’après-midi.
Dans l’atelier saturé de silence, se noue un lien étrange entre artistes et modèle.
Fait de pudeur et d’humilité, d’intensité de l’attention,
de densité de la concentration.
De solitude aussi devant la dureté de la tâche.

Sur le corps immobile, généreusement abandonné,
le regard se perd, l’esprit vagabonde.
C’est à ce moment-là que j’aime capter leurs visages.
Transparence d’un instant éphémère.
Urgence d’un combat bref et violent,
avec le temps, avec la matière.

Ce que j'aime, c'est prendre des risques, me mettre en déséquilibre.
Supports de récupération, outils de fortune,
matériaux divers et variés,
encres de Chine, brous, encres d'écoliers.
Pour tenter de saisir, en quelques traits,
un instant de vie suspendu dans le temps.
Juste ici, et maintenant.